© Monique Busquet 2019

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Un emploi du temps ou un contenant ?

L’organisation de mon temps est un questionnement permanent et parfois « épineux » pour moi, comme il me semble pour beaucoup d’autres.

Depuis quelques années, je me suis sentie beaucoup trop souvent à mon goût être une procrastineuse. Je remets toujours à plus tard ce qui n’a pas une date butoir impérative. Je parviens juste à respecter les deadlines qui me sont fixées par l’extérieur. Mais ce qui peut être fait demain… ou après-demain, sera fait demain… ou après-demain. Or j’ai de nombreux écrits obligatoires à faire (préparations de de formations, compte-rendus…busquet) et pour cela je traîne et traîne… Et pourtant j’ai toujours de bonnes intentions de les faire rapidement, ne serait-ce que pour m’en débarrasser.

Un jour j’ai réalisé qu’en fait, je commence tout à temps, et même plutôt à l’avance. Par contre, je ne finis jamais du premier coup. J’hésite, je doute, j’y retravaille à plusieurs reprises par petites couches. Et je ne finalise qu’au dernier moment. Cette prise de conscience a permis à mon sentiment de culpabilité de diminuer. J’ai compris que si j’attends le dernier moment, c’est juste pour choisir, pour trancher, en fonction de ce que je sens à ce moment-là, un peu comme si l’intuition « suffisamment juste » arrive seulement lorsque c’est le moment de l’action. Cette organisation fonctionne: le résultat est satisfaisant en terme de qualité et d’ajustement aux personnes. Mais elle est coûteuse pour moi en temps et énergie. J’ai la tête toujours occupée par ce que j’ai encore à faire.

Alors comment faire autrement ? Pour l’instant, je continue à observer comment cela fonctionne pour moi. D’autant plus que j’ai depuis un an un rythme de travail très irrégulier… Des périodes denses dans lesquelles j’anime formations et conférences. Et d’autres périodes où pendant plusieurs jours d’affilée, j’ai du temps sans contraintes horaires pendant lesquelles je prévois ou j’espère faire beaucoup de choses (détente, amis, sport, anticipation de mon travail).

Dans ces périodes, le temps alors ralentit ou plutôt je ralentis, je suis en mode à la fois pause ou pose, pensées libres méditatives, écriture, préparation de mes formations et conférences, et autres contraintes administratives. Et alors le temps s’écoule ou coule ! Je prends mon temps ou je perds mon temps. Je fais les choses comme elles viennent. Il y a beaucoup d’interstices, beaucoup de vide (mais donc plein d’autre chose, c’est sur) mais je reste en permanence préoccupée. Pré-occupée : le temps avant d’agir ! J’écris des listes des choses que je veux faire, que je dois faire. Et je recopie souvent ces listes. Et ces listes s’allongent plus souvent qu’elles ne se réduisent … Je passe souvent plus de temps à me demander dans quel ordre, à quel moment je fais les choses qu’à les faire !

Je choisis de ralentir, de me laisser guider par ce qui vient et en même temps ce temps que j’ai, file, se dilue ou semble se perdre « quelque part », mais où ?

Alors l’image de l’eau m’est venue à propos de ce temps ! L’eau


comme le temps ou plutôt son utilisation, peut prendre plusieurs formes selon ses « contenants » : un filet d’eau, une cascade, une vague, un lac calme, une flaque, une mer, un marécage, un jet d’eau ou des gouttelettes…

L’eau peut être plus puissante si elle est canalisée un peu comme un laser, plus guidée dans des tuyaux fins ou au contraire se prélasser, s’étendre, à devenir quasi imperceptible, une prairie humide, un petit torrent qui se perd en plusieurs petits filets. Elle peut s’étirer comme les méandres d’un fleuve.

Alors, quels contenants donner à ce temps ? Le laisser prendre ces différentes formes, à son gré? Je suis jusqu’ici réfractaire aux « emplois du temps » écrits à l’avance pour ces temps sans horaires fixés par l’extérieur. Je n’ai jamais voulu ou pu me fixer moi-même des tranches horaires. J’essaie depuis peu, je m’indique de façon assez large une heure de fin. Et je vois que cela donne effectivement un contenant plus solide : le temps d’action se répand moins, se disperse moins. Il y moins de fuite. Malgré ce bénéfice, je ne peux me résoudre à obéir à un emploi du temps que je me fixerais moi-même. J’obéis facilement aux contraintes extérieures mais n’obéis pas à moi-même…

Je ne sais jamais quand ma tête, mon esprit, mon cœur, mon corps seront prêts pour telle ou telle chose. Est-ce de la flemme, un manque de volonté, de structure interne ? Quel bénéfice est-ce que j’y trouve ? Vous reconnaissez-vous ? Avez-vous d’autres pistes, d’autres modes d’organisation, d’autres contenants ?

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