© Monique Busquet 2019

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Qu'attendons-nous d'un professionnel de l'accompagnement ?

Qu’attendons-nous d’un professionnel que nous allons consulter qu’il soit thérapeute, psychologue, coach ou tout autre accompagnant ?

Quelle que soit la personne, le titre, l’approche choisie, faire une démarche vers un « accompagnant », c’est espérer, demander et attendre de l’aide.

Cela peut être pour de nombreuses raisons : chercher à se sentir mieux dans sa vie, vouloir apaiser des blessures passées, dépasser des blocages, des difficultés personnelles, familiales ou professionnelles, faire face à des changements subis ou préparer des changements espérés, mieux se connaître, se libérer de réactions émotionnelles encombrantes, y voir plus clair, surmonter un burn out, stopper des répétitions…

Ce travail d’accompagnement peut prendre des formes très différentes selon ce professionnel et selon les attentes et les besoins de la personne qui consulte. Chaque « accompagnant » est différent dans ses savoir-faire et ses savoir-être, de par ses fondements théoriques, ses outils, sa personnalité. De nombreuses approches et techniques existent. Elles proposent un travail basé plus ou moins sur la parole, sur le corps, sur les processus émotionnels. Elles vont visiter plus ou moins profondément le passé. Elles proposent un suivi plus ou moins long.

Elles ont toutes un point commun : cette relation si particulière entre deux personnes et cette forte attente de la part de celle qui vient consulter. Attente d’écoute, de compréhension, de bienveillance, d’attention, d’efficacité. Parfois sentiment d’urgence, parfois rêve d’une baguette magique, d’une solution à tous ses problèmes…

Par exemple pour ma part, selon les périodes de ma vie, j’ai eu différents besoins et attentes : un accompagnement thérapeutique pour me sentir bien dans ma peau, mais aussi pour me connaître comme futur thérapeute, parfois un besoin d’accompagnement comme parent, à d’autres moments un grand besoin d’aide pour dépasser des difficultés de couple, ou encore une envie de travailler des points particuliers, parfois même de la simple curiosité pour découvrir une approche spécifique. Chacun de ces accompagnements et accompagnants m’ont apporté et m’ont permis d’avancer sur mon chemin personnel et professionnel.

Alors à partir de mon cheminement à la fois comme patient et comme soignant, comme accompagné ou accompagnant et à partir d’échanges récents avec plusieurs personnes, voici quelques-unes de mes réflexions et réponses à leurs questionnements.

- Y aurait-il le bon thérapeute ou la bonne approche ? Celle qui résoudrait tout ? Bien sûr que non. Chaque accompagnant peut être « le bon », ajusté pour certains et moins pour d’autres, mais aussi plus ou moins adapté selon les périodes de sa vie, selon les problématiques.

Autrement dit chaque client a besoin de trouver l’accompagnant avec qui cela va coller, à ce moment-là de son cheminement. Chacun propose un mode de travail différent. Ce qui se jouera entre lui et son client sera unique. Je réalise que parfois comme professionnel, j’ai eu envie de trouver la bonne approche, de me former à celle qui serait la plus efficace, la plus profonde et rapide. Et je me moque (gentiment) de moi, de cette pensée puérile ou magique.

- Quel sens cela aurait de consulter plusieurs soignants en parallèle ou successivement ?

Changer de thérapeute est encore souvent considéré comme un risque d’éparpillement, de fuite ou signe de résistance. Je rencontre régulièrement des personnes qui me disent aller consulter plusieurs psychologues ou autres professionnels en parallèle et expérimenter que les approches complémentaires leur sont utiles et nécessaires. Chacun d’eux travaille sur des points différents, permet d’ouvrir des portes d’entrée différentes, emprunte des chemins différents, qui se complètent et se renforcent. Cela peut paraitre un détour, mais bien souvent il s’agit d’une autre façon d’aller plus loin, de bénéficier de plusieurs éclairages.

Dans mon propre cheminement, chacun a été complémentaire. Les premiers ont sans doute préparé les suivants. Parfois des bonds en avant plus visibles ont peut-être été rendus possible par du travail plus ancien ou souterrain. Les fruits murissent après de longs processus préparatoires et grâce à de nombreux facteurs. Ou bien une porte peut s’ouvrir en grand, parce qu’elle a déjà été entrouverte avec quelqu’un d’autre auparavant. Ou encore, entrer dans une forêt et la parcourir par des chemins différents permet de mieux la connaître et de ne pas s’y perdre.

J’ai moi-même déjà eu des scrupules, des conflits de loyauté, à l’idée d’aller voir un autre « accompagnant », mais je sais aujourd’hui qu’il n’y a pas de raison. Il n’y a que moi qui peut savoir par où je veux aller.

- Y aurait-il un risque à trop attendre d’un professionnel ?

Une amie proche vient d’être particulièrement déçue par les paroles et l’attitude d’une soignante en qui elle avait mis toute sa confiance. Et au vu de ce qu’elle m’en a transmis, je ne peux que lui donner raison. Alors comment dépasser ainsi une déception ? Comment faire ensuite confiance à quelqu’un d’autre ?

Alors oui, je pense important de toujours se rappeler qu’un soignant jusqu’ici « digne de confiance » puisse dans certaines situations, se tromper ou ne pas être juste pour soi. Et cela qu’elles qu’en soient les raisons qui lui appartiennent. Cet accompagnant, même « puissant », n’est ni tout-puissant, ni parfait. Il a ses limites, il n’est pas « le sauveur ». Il est juste un étayage, un soutien, un passeur, un éclaireur, un panseur de blessures, à un moment de vie.

C’est toujours la personne qui demande de l’aide, qui travaille sur son propre chemin, qui va chercher du soutien pour sa vie. C’est elle qui sait ce qui est juste pour elle. C’est elle qui sent quand cela ne va pas, quand cela grésille, quand cela grince.

Cela implique de renoncer à cette attente de toute-puissance, de garder son propre pouvoir sur sa vie.

Il s’agit donc de s’écouter, de se respecter, de ne pas tout attendre de l’autre, de garder sa propre liberté. Repérer chez cet accompagnant ces valeurs fondamentales de respect, de bienveillance, d’acceptation inconditionnelle, sans jugements, sans critiques, sans reproches, sans d’injonctions d’agir de telle ou telle façon…

S’écouter, se faire confiance et ne pas donner trop de pouvoir au soignant !


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