© Monique Busquet 2019

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Les écrans, c'est quand même génial !

Aujourd’hui pour changer, j’ai envie de me faire l’avocat « du diable », ou avocat des écrans parce que « les écrans, c’est quand même génial ! »

Nous sommes de plus en plus nombreux à agir pour alerter des effets toxiques des écrans sur la santé et le développement des enfants, dès le plus jeune âge. J’ai moi-même en 2016, élaboré une plaquette à l’intention des parents, mené des actions de prévention en PMI et écrit des articles à ce sujet. Je parle des écrans devant lesquels les enfants sont mis, mais aussi ceux utilisés par les adultes et qui viennent couper la communication avec les enfants présents. La prévention doit être au coeur de nos préoccupations et actions. Pourtant nous savons que les messages de santé publique d’alerte de dangers sont souvent trop peu efficaces, quasiment inaudibles, peut-être parce qu’ils sont trop difficiles à mettre en pratique. Et si la prévention passait aussi par la reconnaissance des bénéfices apportés par les écrans et des raisons pour lesquels ils sont utilisés.

Alors, oui aujourd’hui, j’ai envie de rappeler tous les bénéfices que nous apportent ces écrans. Il paraît que les adultes à priori sains, bien-portants, adaptés, utilisent en moyenne les écrans entre 4 et 6 h chaque jour (d’après les derniers chiffres que j’ai lus). Si nous sommes si nombreux à tomber dans ces pièges, c’est qu’il doit y avoir de bonnes raisons (en dehors des nombreuses stratégies des « vendeurs » pour nous accrocher).

Alors pourquoi sommes-nous tous accroc, plus ou moins mais … plus que nous le voudrions ?

- Ils nous simplifient la vie, nous font gagner du temps et de l’énergie

Grâce à eux, nous avons tout à portée de main, dans la poche. Plus besoin d’annuaires, d’agendas, de papier, de dictionnaires, de livres. Ils nous permettent de nous donner rendez-vous facilement, de faire face aux aléas des horaires des transports, de nous organiser.

- Ils nous rassurent, nous permettent de nous sentir en sécurité

Nous trouvons notre chemin plus facilement, sans nous perdre. Nous pouvons être joignable (presque) en permanence, en cas de besoin. Nos enfants, comme nous-mêmes pouvons demander de l’aide. Les parents peuvent joindre leur enfant (enfin la plupart du temps…).

- Ils permettent une ouverture sur le monde

Nous avons accès à une multitudes de connaissances, de savoirs, d’informations, sur notre environnement, sur notre planète. Cela nous permet de satisfaire notre curiosité, de répondre à nos besoins d’apprendre, de découvrir.

- Ils abolissent les distances

Dès la naissance, le bébé cherche à explorer son espace proche à l’aide de sa main d‘abord, puis de sa vision, puis par ses déplacements et au fur et à mesure de ses possibles de plus en plus loin.

Par les écrans le monde entier est à portée de notre main.

- Ils permettent d’entretenir les relations

Ils nous permettent de rester facilement en lien, même à distance, de communiquer à l’autre bout de la planète, quelques soient les rythmes de chacun. Ils peuvent être aussi créateurs de liens.

- Ils permettent d’agir, de créer

Et oui, d’un simple mouvement de doigt, nous pouvons faire apparaitre des images, des musiques, des mots, nous pouvons jouer : une infinité de possibles !

- Ils nous aident à supporter l’insupportable

Il faut bien reconnaitre, la vie moderne « dite civilisée » nous met parfois dans des situations insupportables : métro, transports, salles d’attente souvent pendant des heures, et peu appropriées pour y bouger, chanter….

- Ils nous apportent du plaisir

Oui, dans un monde fait souvent de lourdeurs et contraintes, ils viennent apporter des satisfactions et plaisirs faciles.

Les écrans répondent aux besoins fondamentaux de sécurité, de relation et communication, d’action, création et loisir. Bien sûr cela vient aussi répondre de façon trop facile à nos envies de plaisir immédiat, d’économie d’effort, à nos archaïques désirs de toute-puissance : tout, tout de suite, sans attente, je veux, j’obtiens. Ces satisfactions sont superficielles, peu durables, illusoires. D’où le besoin sans doute de toujours plus.

Les écrans semblent nous éviter de faire avec la solitude, les frustrations. Pas besoin de se fatiguer, de se creuser la tête, de se déplacer ! Pas non plus de risque de la rencontre émotionnelle avec l’autre en direct !

Mais peut-être est-ce aussi une stratégie de survie de l’humain, face à des organisations de vie et de travail trop contraignants, face à des espaces urbains inadaptés, désagréables, inconfortables ?

- Peut-être les écrans sont-ils une stratégie d’adaptation des parents face aux besoins de leurs enfants ?

- Comment répondre de façon satisfaisante aux enfants à leurs besoins de mouvement, de jeu, d’être ensemble, selon les conditions de vie, d’horaires de travail, de logement, d’accessibilité d’espaces verts ?

- Quelle place les environnement urbains, l’école, le monde du travail laissent-ils aux besoins de bouger, créer, jouer, s’exprimer ?

- Quels sont les espaces d’inventivité, d’initiatives, de reconnaissance et valorisation de chacun, de rencontres pour construire ensemble ?

Les écrans, c’est bien souvent le moyen de faire entrer de l’ailleurs dans la vie de chacun, à moindre cout, à moindre effort. C’est une ouverture, une respiration, une oxygénation.

Bien sûr, malheureusement cette ouverture si facile, si accessible se referme parce que la balance effort/plaisir de nos psychismes calcule l’économie immédiate. L’écran nous met adultes et enfants dans l’illusion de bouger, de communiquer, de satisfaire l’ensemble de nos besoins. Il nous piège par tout ce qu’il apporte. Et nous pouvons alors avoir de moins en moins envie d’aller chercher plus loin, de façons différentes et différées, de construire le long terme.

La prévention passe à mon sens par le fait

- de comprendre et reconnaître la réalité des bénéfices des écrans

- de proposer collectivement d’autres modes de répondre aux besoins des « humains »

- de permettre à chacun de réfléchir à ses propres besoins et construire ses propres réponses

Ainsi, nous pourrions peut-être comprendre ce qui amène de nombreux parents à regarder leur écran plutôt que leur bébé, et ce de plus en plus souvent dès les premières semaines de vie ?

Mais aussi comprendre nous adultes, ce qui pourrait nous donner envie, nous motiver à moins regarder les écrans ? Quelle est notre réponse à chacun ?

NB : Evidemment, je rappelle aussi qu’un jeune enfant ne peut se construire que s’il est en relation, que s’il est dans des interactions réelles, corporelles et verbales qui prennent en compte les émotions de chacun, à travers ses mimiques, ses gestes, ses différents modes d’expression. Le bébé se construit dans le regard de ses parents et le parent « devient » parent en échangeant avec son enfant. Se regarder, se sourire, se parler, se toucher, être et faire ensemble, regarder ensemble « le monde ». C’est primordial de le rappeler aussi à tout adulte qui accueille et prend soin des jeunes enfants.


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