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La Spirale Dynamique : entre les Je et les Nous

J’ai envie de partager ici mes questionnements sur les mouvements actuels entre individualité et collectif, entre les Je et les Nous. Depuis plusieurs années, les organisations de notre société se modifient. De plus en plus de salariés quittent leur emploi dans les organisations collectives et choisissent des activités en entreprenariat individuel. En parallèle, les besoins individuels s’expriment de plus en plus : se construire soi-même, se trouver, être plus libre, plus épanoui, devenir soi. Certains s’en réjouissent. D’autres craignent une société du « chacun pour soi », où se perdrait le sens du collectif.

Alors connaissez-vous le concept de « la Spirale Dynamique » ? Cette approche a été développée par Clare W. Graves, professeur de psychologie, qui a mis en évidence l’existence de mouvements successifs dans l’évolution des individus et des groupes. Il présente cette spirale dynamique comme une grille de compréhension des évolutions des organisations et de l’humanité.

Je vous en résume ce que j’en ai compris, de façon succincte et simpliste, voire réductrice.

La Spirale décrite est comme une vague montante, constituée d’étapes ou étages successifs, sans notion de hiérarchie ou jugement de valeur. Chaque étage, désigné par une couleur est constitué d’un système de pensées et de valeurs majoritaires (qui sont appelées des « mêmes »).

A chaque stade, ces valeurs majoritaires finissent par montrer leurs limites. Vient alors un changement de paradigme et l’émergence de nouvelles valeurs. Ces étapes alternent entre une priorité du Je et une priorité du Nous. Sur le plan de l’évolution de l’humanité, C. Graves indique le premier niveau de la spirale comme datant de 100 000 ans.

1/ Etage beige : Instinct de Survie (JE)

Les premiers humains vivent seuls, chacun pour soi ou en tout petits groupes. La survie, les besoins physiologiques y semblent prioritaires.

2/ Violet : La vie pour la tribu et une vision magique (NOUS)

Les hommes se rassemblent, se réunissent en tribus, pour bénéficier de plus de sécurité grâce aux groupes. Les simples besoins physiologiques laissent place à une plus grande connexion au monde des esprits, de la nature.

3/ Rouge : Les seigneurs de la guerre, vivre pour dominer (JE)

La loi du plus fort commence à émerger. Une nouvelle conscience individuelle apparaît et s’accompagne de recherche de pouvoir, de domination, d’égocentrisme.

4/ Bleu : Une vérité suprême, des normes et des règles (NOUS)

Arrive une quête de paix et l’instauration de cadres et de lois pour régir le monde. Face à l’impulsivité et l’agressivité de l’étape précédente, le besoin d’autorité et d’obéissance à cette autorité devient prioritaire.

5/ Orange : Le matérialisme et l’individualisme (JE)

Le je réapparaît face à des excès de pouvoir et d’oppression. La société développe les valeurs de rationalisme, de logique, d’autonomie de chacun, de stratégie et d’arrivisme.

6/ Vert : Vision communautaire et humanisme (NOUS)

Les limites de la culture matérialiste et individuelle laissent place à une pensée plus humaniste et plus écologique. Les hommes cherchent à bâtir une société plus juste, à mettre la communauté avant l’individu.

7/ Jaune : Interconnection et systémie (JE)

Reviennent alors les besoins de chacun de vivre pleinement, les uns et les autres reliés au sein de systèmes avec des notions de haute performance, d’excellence. Etre à son compte et en réseau.

8/ Turquoise : Une pensée holistique, de sagesse (NOUS)

Le pensée humaine cherche et développe une intelligence globale, holistique. L’humain retrouve ou cherche une connexion avec le grand tout, avec la sagesse et la spiritualité.

Je trouve cette description de mouvements successifs assez parlante. Bien sûr, tous ces mouvements humains et sociétaux, individuels et collectifs coexistent. Mais les grands courants majoritaires sont bien visibles et repérables. Graves écrivait dans les années 50/70 que nous étions actuellement entre jaune et turquoise. Alors aujourd’hui où en sommes-nous ? Entre jaune et turquoise ? Qu’y a-t-il après le turquoise ? Est-ce un retour au beige ? Ou l’invention d’une autre couleur ?

A partir de cette spirale dynamique, je me questionne donc, à la fois sur les plans sociologique et personnel.

- Que penser ou comment comprendre cette évolution actuelle des Nous au Je ? Comment situer la mise en avant actuelle du développement de chaque individu ? Et la multiplicité des autoentrepreneurs qui choisissent la liberté d’être soi sans devoir se plier au collectif ?

- Je me questionne aussi sur un plan personnel. Je suis dans ce même mouvement, passant du collectif à l’individuel, du Service Public à une activité en entreprise individuelle.

Pourtant je crois à la force et à l’intérêt du collectif. Je choisis encore de faire ma part au nom de groupes (que ce soient des entreprises ou des associations), d’y apporter ma contribution, de nourrir, faire grandir ces collectifs. Il me semble que tout collectif s’accompagne de contraintes, de freins : faire avec chacun, dans ses particularités, ses rythmes et ses besoins. Je connais peu de collectifs suffisamment matures pour transformer ces freins en forces, pour construire des « gouvernances réellement partagées ». Au sein de ces collectifs, chaque Je doit s’exprimer au nom des Nous. Chaque Je a des rôles à jouer, pour représenter le collectif, pour le protéger, pour le rendre fort.

Alors oui, je me questionne. Est-ce que la vision de la spirale dynamique peut nous aider ?

Est-ce que ce passage du Nous au Je est indispensable pour réinventer des Nous plus respectueux de chaque Je ? Des Nous au service des Je ? Et non pas seulement des Je au service des Nous ?

Mais les Nous ne sont-ils pas plus solides et forts ensemble que la somme des Je ?

Alors allons-nous savoir réinventer des Nous dans lesquels les Je peuvent être entiers ?

Est- ce que réinventer des Nous doit passer dans un premier temps par mettre les Je en avant ?

Est-ce que les Je ont besoin de sortir des Nous pour pouvoir s’exprimer, cultiver leur personnalité, leur entièreté, leur couleur, leur unicité ?

Est-ce que les Nous ont été trop souvent synonymes de dérives, d’écrasement, d’oubli des Je ?

Est-ce qu’il faut alors s’éloigner des Nous, fabriquer des Je qui pourront ensuite reconstruire des Nous, plus respectueux ?

Comment être soi-même, libre et entier et avec les autres dans le collectif ?

Comment créer des collectifs qui n’écrasent pas les individus ? qui utilisent les potentiels de chaque individu ? Quelle balance dans les bénéfices ou/et des contraintes du collectif ? Ou plutôt comment faire pour que la balance s’équilibre ? Pour que l’individu apporte au collectif et que le collectif apporte à l’individu ?

Qu’est-ce qui peut nous guider dans ce jeu d’équilibration permanente entre le Je et le Nous ?

Dans ce mouvement cyclique du Je au Nous et du Nous au Je, qu’allons-nous réinventer ?

Quelles tribus, quels collectifs allons-nous recréer ? Quelles nouvelles organisations en réseaux, en collectifs sans hiérarchies ? Quels modes de gouvernances ?

Comment naviguons-nous entre Jaune, Turquoise, Beige, Violet ?

Alors est-ce que ceci vous parle ? Qu’est-ce que toutes ces questions vous inspirent ? Quelles idées en avez-vous ?


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