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Lâcher prise : de quelle prise s’agit-il ?

Lors d’une récente formation sur le stress, l’ensemble des participantes souhaitaient, entre autres, « apprendre à lâcher prise ». Parmi ls fils travaillés dans cette session, en voici quelques uns :

Lâcher (notre) prise sur ce qui concerne l’autre

Faire la différence entre ce qui m’appartient et ce qui appartient à l’autre : c’est une des notions importantes à comprendre, à expérimenter, à pratiquer, à intégrer. Il faut bien reconnaitre que dans notre société nous sommes rapides à juger, à critiquer. C’est une tendance générale, il n’y qu’à écouter toute conversation : « ils n’auraient pas dû faire comme ceci !.... ». Nous commentons ce que font les autres, nous nous en plaignons le plus souvent.

Au fond nous attendons des autres qu’ils agissent d’une certaine façon. Nous aimerions avoir prise sur eux, sur leurs comportements. La prise c’est la façon de tenir avec la main : « Avoir de la poigne », « avoir une main de fer dans un gant de velours » sont des expressions finalement assez évocatrices.

Alors lâcher prise, c’est d’abord lâcher l’autre, arrêter de vouloir l’attraper, le tenir par notre main. C’est lâcher nos attentes sur l’autre. C’est accepter de ne pas avoir de pouvoir sur l’autre.

C’est lâcher notre souhait d’emprise, c’est laisser l’autre être lui-même et avancer à sa façon.

En effet toute l’énergie, tout le temps que nous mettons à évaluer, juger, critiquer ce que font les autres est inutile, voire toxique. Nous ne pouvons changer les autres. De plus, notre colère, notre énervement, notre déception s’entretiennent alors par ces paroles que nous répétons, ces pensées que nous laissons tourner en boucle.

Regarder ce que je peux faire, ce qui dépend de moi.

La seule chose sur laquelle je peux avoir prise, c’est sur moi, sur mes propres façons d’agir, ce sur quoi je peux directement agir. Certes, je ne peux pas diriger mes émotions, je ne peux que les accepter, les reconnaître, les accueillir. Mais je peux choisir d’orienter mes pensées et mes actions. Je peux choisir de faire, de parler autrement. Je peux me faire confiance, faire confiance en mes capacités. Je peux inventer ce qui dépend de moi, plutôt qu’attendre que l’autre modifie son comportement.

Ainsi je peux changer de prise, changer de façon de m’y prendre, innover : modifier même de façon minime mes façons de faire. Si j’agis différemment, j’ai plus de chances d’obtenir des choses différentes.

Trouver des appuis en soi pour pouvoir lâcher la « prise d’escalade »

En escalade, pour lâcher une prise, il faut être sûre de ses autres appuis, en particulier de ses pieds.

Alors nous pouvons associer avec la façon dont les jeunes enfants commencent à se mettre debout.

Certains enfants se mettent debout, en se hissant essentiellement à la force de leurs bras, de leurs mains. Ils s’accrochent, ils s’agrippent, à la table, à des barreaux, parfois aux mains des adultes.

Mais lorsque leurs jambes fatiguent voire tremblent, ils ne peuvent lâcher cette prise. Leurs appuis ne sont pas assez solides, lâcher les mains entraine la chute. L’enfant alors pleure, demande de l’aide ou se laisse tomber sur les fesses.

D’autres enfants se mettent debout essentiellement en appui sur les jambes. Ce sont souvent des enfants qui ont eu la chance de pouvoir faire suffisamment d’expériences motrices, préalables, ils se connaissent bien, ils savent ce qu’ils peuvent faire, ils connaissent leurs propres ressources et leurs limites. Les mains leur servent d’appui, d’aide à l’équilibre. Ils sont alors suffisamment stables sur leurs jambes, pour pouvoir lâcher l’appui d’une main puis l’autre et redescendre à quatre pattes ou accroupi. Il n’y a pas de chute, pas de crainte du vide. L’enfant connait ce qui est « à l’intérieur » de sa base d’équilibre, dans son centre, il sait ce qui dépend de lui-même. Il peut lâcher la prise de ses mains en douceur parce qu’il se sait en équilibre sur ses pieds.

Alors le lâcher prise, ce serait ainsi ne pas s’agripper à quelque chose d’extérieur. C’est utiliser ses propres ressources, son propre socle et fondement. (Cela n’interdit pas de trouver aussi des appuis, du soutien à l’extérieur, sans s’y agripper, sans se déséquilibrer)

Il est vrai que cet extérieur peut avoir été trop intériorisé

Nous avons tous intériorisé des interdits, des règles, des valeurs, transmis lorsque nous étions enfant. Ce sont des principes venus de l’extérieur que nous avons fait notre. Nous avons ainsi des petites phrases, des évidences plus ou moins conscientes, plus ou moins fortes, plus ou moins bruyantes. Ces principes ne nous appartiennent pas, ils peuvent ne pas être justes pour nous. Lâcher prise cela peut être s’en défaire, de ne pas les écouter. C’est à nous de choisir quels principes, quelles valeurs nous gardons mais aussi auxquels nous décidons de ne plus obéir.

Ainsi, une stagiaire proche de la soixantaine, demande à apprendre à se détendre. Elle sait qu’elle en a besoin, elle y met beaucoup d’énergie, elle désespère d’y arriver. Alors elle reproche parfois aux autres de ne jamais lui donner la solution. Et en même temps, elle dit de façon très lucide qu’elle sait qu’elle ne se mettra à vivre pour elle, que lorsque ses parents seront décédés. Et en effet, elle rapporte que sa mère lui a toujours dit, avec une certaine fermeté ou une fermeté certaine : « on ne reste pas sans rien faire ! ». Alors elle lui obéit : rester sans bouger lui est donc absolument impossible.

Inventer et accepter ses propres façons de faire,

Pourtant cette stagiaire a trouvé ses propres façons de faire. Le dernier jour de la session, elle nous fait une « magique » démonstration de gi gong. Elle dégage alors solidité, calme, enracinement et détente, qui a touché immédiatement l’ensemble du groupe.

Alors oui, lâcher prise, c’est

- lâcher notre volonté de prise sur l’autre

- lâcher notre attente de solutions venues de l’extérieur

- trouver nos propres appuis pour lâcher cette prise

- faire confiance en ses propres ressources

- être soi-même, accepter ses différences, son unicité sans copier des modèles extérieurs qui ne nous conviennent pas


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